Bonne Année 2020

Les suricates vous souhaitent une excellente année 2020 pleines de découvertes et de réalisations.

 

 

 

 

 

The Prince of Darkness

Joseph Lucas (12 avril 1834 – 27 décembre 1902) était un chômeur père de six enfants qui pour survivre vendait de l’huile de paraffine pour les lampes à pétrole. Lassé de pousser sa charrette dans les rues de Hockley, il décida de fonder une petite entreprise de fabrication de trucs en métal, dont des lampes. 

 

FN_Car_-_Lucas_side_lamp_(462057847)
Lucas headlamp

 

Cette entreprise devint plus tard Lucas Industries, principal fournisseur de composants électriques pour l’industrie automobile britannique. C’est à ce moment-là que commença la légende et Joseph Lucas passa à la postérité comme étant le Prince des Ténèbres.

 

Lucus-and-Oscar-001

 

Ceux qui ont eu le privilège d’avoir des voitures anglaises de la grande époque (en gros entre 1902 et 1981) savent ce que cela signifie de se trouver subitement dans une obscurité totale quand les feux s’éteignent tous seuls en pleine nuit (et le plus souvent sur une petite route jonchée de virages). Ils connaissent aussi les dégagements de fumée en provenance du tableau de bord, les boîtes à fusibles cramées (ce n’est pas le filament qui fond pour ouvrir le circuit, c’est tout le boîtier), etc.

 

Joke lucas

Quelques faits et citations à propos de Lucas :

“Un gentleman ne conduit pas après la tombée de la nuit” (Joseph Lucas)

La devise de Lucas Industries : “Get home before dark”.

Lucas : inventeur des premiers essuie-glaces intermittents (des fois ça marche, des fois ça marche pas).

Lucas : inventeur des phares auto atténuants.

Le tout premier antivol pour voiture : Lucas Electrics.

Lucas est un acronyme anglais : Loose Unsoldered Connections And Splices, que l’on pourrait traduire par connexions et branchements lâches.

Si Lucas avait fabriqué des armes, il n’y aurait jamais eu de guerres.

Pourquoi les anglais boivent la bière tiède ? Parce que Lucas fait aussi des réfrigérateurs.

Alexander Graham Bell inventa le téléphone, Thomas Edison inventa la lampe à incandescence, Joseph Lucas inventa le court-circuit.

En 1947, Lucas Industries fit appel au parlement de sa Majesté pour faire abroger la loi d’Ohm mais ils finirent par renoncer au vu des trop nombreuses résistances.

Interrupteur Lucas à trois positions : faible, vacillant, off.

Interrupteur Lucas à trois positions (autre version) : off, fumée, au feu !

On connait les petits plots de branchement à vis SUK, Lucas à le même système : SUD (Sudden Unexpected Darkness).

 

fusereplacement

 

Joseph Lucas était un brillant scientifique qui a démontré au monde entier que contrairement à ce que l’on enseigne un peu partout dans les écoles, le courant électrique n’est pas fait d’”électrons” gigotant dans un fil de cuivre (idée totalement débile si on y réfléchit) mais qu’en fait, l’agent électrique est constitué de fumée se déplaçant dans un fin tuyau de chatterton et actionnant les divers récepteurs. La preuve en est que lorsque cette fumée s’échappe des tuyaux en question (on le voit très bien à l’oeil nu), les-dits récepteurs ne fonctionnent plus. C’est la raison pour laquelle Lucas Industries a créé le part number 530433 (Original Spare Part) : un bocal de fumée de rechange pour remettre dans le circuit électrique quand celui-ci est vide.

 

harness smoke
Le fameux P/N 530433

 

Quand Land Rover mis au point le moteur TD5 à commande électronique (Lucas) pour satisfaire aux normes Euro, l’armée britannique demanda (et obtint) que Land Rover continue à produire des versions à moteur TD300 à commande mécanique pour le marché militaire.

 

logo
Lucas badge

 

Dans les années 70, Lucas décida de se diversifier et commença à fabriquer des aspirateurs… It was the only product they offered which did not suck. (intraduisible)

“J’ai un pacemaker Lucas depuis des années et je n’ai jamais eu de prob_____________________________________________.”

Lucas : “The best reason not to buy a British car”.

Un jour, un type demanda au propriétaire d’une Land Rover Serie comment il faisait pour reconnaître les interrupteurs pendant la nuit vu qu’ils sont tous pareils. Réponse : “cela n’a aucune importance lequel vous actionnez, de toute façon il ne se passera rien”.

Les systèmes électriques Lucas fonctionnent au courant alternatif, mais avec une fréquence aléatoire.

 

Lucas.jpg.1a595432b71c98a9184b98309fa7ea64

 

Bon, en fait, de toutes ces histoires et citations, une seule est vraie. Je vous laisse deviner laquelle. La vraie raison des pannes électriques dans les vieilles voitures anglaises c’est 50% dû à l’oxydation et 50% dû à des bidouillages malencontreux bricolés par les différents propriétaires. Et quelle que soit la marque du composant ou de la voiture (à part peut-être Honda), après 15 ou 20 ans, les pannes électriques ben ça arrive. 

 

 

 

Logan’s Run

Le gourou technologique autoproclamé (Steve Jobs ayant laissé la place libre, Elon Musk fait tout ce qu’il peut pour reprendre le titre mais je doute qu’il ait les compétences pour le poste) a présenté hier soir le nouveau pickup Tesla. Bon… ma première réaction a été : qu’est-ce qu’il lui est encore passé par la tête à notre ami Elon. 

tesla-cybertruck
Tesla Cybertruck, le look rétro-futuriste (il manque juste la tourelle de la Browning M2)

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a réussi à surprendre son monde, et même ses sectateurs les plus acharnés. Le style est taxé de clivant par de nombreux commentateurs. C’est clair qu’un coin, c’est à la base fait pour cliver. Logique.

Maserati-Boomerang-lateral-1024x576
Maserati Boomerang. Au temps jadis, le design avait du style.

Le gabarit du truck est dans la moyenne des pickups américains : trop long, trop large, trop lourd, trop d’empattement. 

Mowag Piranha
Mowag Piranha, la voiture suisse la plus vendue dans le monde.

Ce que l’on peut déjà mettre au débit du style :

  • Le fait que le chargement de la benne par les côtés, ben faut oublier.  
  • L’empattement beaucoup trop long en tout terrain de franchissement (bon c’est vrai, c’est la norme des pickups US, faits pour les rues de L.A.).
  • L’aérodynamique douteuse (l’arrête du toit ne doit pas être idéale pour éviter les décrochages de filets d’air).
  • Le raccord complètement loupé entre la face avant et les flancs (solution de continuité au niveau des feux avant, très visible sur certaines photos).
  • Le gros doute au point de vue sécurité pour les passagers arrières : garde au toit limitée (ou alors on met les sièges plus bas que devant mais alors plus aucune visibilité extérieure).
  • Le côté un peu extrême.
  • Les angles morts vers le trois quart avant dus au pare-brise très incliné (montants de pare-brise).
  • L’impossibilité d’envisager des versions à plateau australien ou simple cabine sans bousiller tout l’effet du style.
Citroen Karin
Citroën Karin, ça c’est de la forme en coin ! (non, c’est pas la Pyramide du Louvre)

Ce que l’on peut mettre au crédit du style :

  • On en cause.
  • Le fait qu’on sorte enfin de la mode molle et boursouflée des vingts dernières années.
  • Le style se démarque de la concurrence. Peut-être dans l’idée de faire comme Sir John Ive avec l’iMac.
  • Le côté un peu extrême. 
  • Le look rétro-futuriste.
1024px-Citroen_xenia_face
Citroën Xénia, la même idée (ID 19) que Karin mais en moins excessif.

Perso, le style du Cybertruck… j’aime pas trop : je suis pas un fan de Robocop.

Aston_Martin_Bulldog_01pop
Aston Martin Bulldog, William Towns était le champion anglais de la forme en coin (dans ses bons jours).

Le dossier de presse (autrement dit la légende dorée pour les générations futures) prétend que c’est inspiré de Blade Runner et de la Lotus Esprit. Mouais… moi je dirais plutôt que c’est du William Towns dans un mauvais jour. 

Logan's Run pick up rear
Logan’s Run pickup, la sci fi des années 70.

En gros, c’est le résultat d’une union contre nature : l’enfant illégitime d’une Maserati Boomerang et d’un Mowag Piranha. 

Cournil
Tracteur Cournil, pas prévu pour être beau mais pour être fonctionnel : l’avant plongeant était fait pour ne pas avoir d’angle mort en tout terrain.

Mais si on cherche un peu, on peut trouver plein d’autres références (probablement involontaires) : Citrëon Karin et Xénia, Cournil (une fois étiré), et un certain nombre de prototypes des années 70-80, époque phare de la mode du style “en coin”. 

Ferrari_Modulo_and_wooden_frame_Museo_Ferrari
Ferrari Modulo, 50 ans et toujours aussi époustouflante.

 

Rappelez-vous de la Fiat X1/9, la Triumph TR7, la TVR Tasmin, voire l’Aston Martin Lagonda (dessinée par William Towns dans un bon jour). Ceux qui lisent ce blog penseront peut-être au Foers Ibex et ceux qui ont une certaine culture automobile évoqueront la Lancia Stratos II (le prototype Bertone) et parleront des berlinettes italiennes des 70’s. 

lancia_stratos_zero_1
Prototype Lancia Stratos, Marcello Gandini poussait ses idées à l’extrême

Mais la remarque la plus intéressante que j’ai entendue à été dite par un collègue : “ça me fait penser aux bagnoles dans l’Age de Cristal » (Logan’s Run en version originale). C’est vrai que ça rappelle les véhicules futuristes un peu maladroits qu’on a pu voir dans certains films. 

Jessica 6
Jessica 6 (Jenny Agutter), Logan’s Run (le film)

Mais personnellement, moi de Logan’s Run je me souviens surtout de Jessica 6. 

 

 

 

Joutomaa kulkuri puolustaja …

Ehkä jos kirjoitan artikkelin suomeksi, minulla on vieraita Suomesta. (Anteeksi, jos kirjoittamallani ei ole mitään järkeä.)

Ensinnäkin minun on sanottava, että en puhu suomea ollenkaan, mutta huomasin, että google-kääntäminen on melko tehokas kääntämään tekninen suomi yhtä tekniseksi ranskaksi.

Tiedän esimerkiksi, että potkuri tarkoittaa helixiä ja moottori tarkoittaa moottoria eikä lampaita, joilla on r-merkki. Joten on mahdollista, että se toimii myös toisin.

Miksi puhun suomeksi? Koska se on maa, johon haluan käydä yhdessä näistä päivistä.

Joten minun on tiedettävä: puhutko ranskaa?

Peut-être que si j’écris un article en finnois j’aurais des visiteurs de Finlande.

D’abord, il faut savoir que je ne parle pas du tout finnois, mais j’ai pu constater que google translate est assez efficace pour traduire du finnois technique en français tout aussi technique. 

Je sais par exemple que potkuri signifie hélice et moottori veut dire moteur et pas mouton avec un r. Donc il est possible que ça marche aussi dans l’autre sens.

Pourquoi est-ce que je vous parle en finnois ? Parce que c’est un pays que j’ai envie de visiter un de ces jours.

Il faut donc que je sache dire : parlez-vous français ?

Capra ibex

Et bien non, je ne vais pas vous parler de bouquetins (capra ibex) ou d’un réalisateur de cinéma américain (Franck de son prénom).

Capture d’écran 2019-11-16 à 15.36.47
Ibex F8 (c’est écrit sur la photo)

Ibex c’est aussi le nom d’un kit de véhicule tout terrain fabriqué en Angleterre par Foers Engineering, une petite entreprise familiale de Rotherham dans le South Yorkshire.

Capture d’écran 2019-11-16 à 14.49.09
On devine l’origine Defender, mais aussi le souhait de moderniser un peu le look.

 

Au départ, l’idée était de récupérer un Defender un peu au bout du rouleau et de lui greffer une caisse en métal plié. En passant, on améliore un peu ici ou là, par exemple en diminuant les portes à faux pour augmenter les angles de dégagement en off-road. Il y a aussi un gadget assez futé, qui est d’ailleurs breveté : un treuil central qui permet de tracter par devant et par derrière et peut tirer l’Ibex un peu comme un cable-car. 

Capture d’écran 2019-11-16 à 14.51.46
Châssis court. Une des premières versions du Ibex. On n’a pas simplement diminué les portes à faux, on les a tout bonnement supprimés. (les clignoteurs… c’est du G Wagen ou je n’y connais rien)

 

La voiture en kit est une vieille idée anglaise, Lotus avait commencé comme ça avec la Seven. Souvent, vous gardez l’immatriculation du véhicule donneur, même si parfois le truc final n’a plus grand chose à voir avec. J’ai vu une fois une Jaguar Type D réplica qui dans une vie antérieure avait été une berline 3.8L S-Type des années soixante. 

Capture d’écran 2019-11-16 à 14.54.01
Châssis long, probablement pour un 6×6. C’est du fait maison, Foers sait utiliser une plieuse.

Dans le cas du Ibex, vous prenez un Defender quelconque et vous en faite un brand new all terrain vehicle. Foers propose plusieurs empattements et même des versions 6×6. En fait, tout semble possible. Il y a même eu des versions 6×6 avec un empattement extrêmement long aménagées en véhicule d’incendie pour aéroport. 

Capture d’écran 2019-11-16 à 14.49.31
6×6 châssis très long. Cool pour faire un camping car.

Ce kit remonte déjà à quelques années. Il y a eu plusieurs modèles au fil du temps, la version actuelle est le F8. Il y a quelques années, Foers avait cédé les droits à Ricardo dans le but de faire une production en petite série mais cela n’a rien donné. Foers a donc repris la fabrication des kits. 

Capture d’écran 2019-11-16 à 14.56.28
Ibex châssis court (90). C’est joliment conçu.

Le F8 n’utilise plus le châssis à longerons du Defender mais une base en métal plié spécialement conçue, sur laquelle on monte une carrosserie monocoque. Cela semble de la belle ingénierie et le style du F8 est un peu plus travaillé que les anciens modèles. Bon, c’est vrai, il faut apprécier le look un peu carré, mais tous les gouts sont dans la nature. Pour les prix, il faut voir selon les options choisies et selon la quantité de travail que vous compter faire vous mêmes. Foers peut aussi vous le livrer tout fait. Un détail tout de même, un Defender est fait en aluminium, il me semble que l’Ibex est en tôle d’acier. Il pourrait donc y avoir une certaine différence de poids. 

Capture d’écran 2019-11-16 à 14.52.16
Ibex camping car. Sympa hein ?

La grosse question, c’est est-ce qu’on peut immatriculer un Ibex facilement quand on ne vit pas en Angleterre ?

Ibex, c’est par là : Ibex

 

 

Des nouvelles du Grenadier

Il fallait s’en douter, quelques jours après la présentation du new Defender 2020, Ineos a posté quelques nouvelles de leur projet de 4×4 tout terrain pur et dur. 

Pour rappel, Ineos est une entreprise du secteur pétrochimique dirigée par Sir Jim Ratcliffe qui est un grand fan du Defender et qui avait essayé de racheter les droits de fabrication lorsque Land Rover a cessé la commercialisation. Devant le refus de JLR, il a alors décidé de lancer le projet de créer et produire un tout terrain qui serait le successeur du Defender.

Grenadier,_Belgravia,_SW1_(5992985459)
le Grenadier à Belgravia, established 1720.

On le sait, Land Rover a choisi de faire du new Defender un modèle haut de gamme, basé sur une structure monocoque, et d’un prix de vente qui le place hors de portée de la clientèle traditionnelle du Defender premier du nom et des Land Rover Series. C’est un choix qui peut sembler valable mais qui pourrait présenter néanmoins certains risques à long terme. Jim Ratcliffe a senti qu’il y avait peut-être un manque et a choisi de le combler.

Donc, ce que nous savons maintenant de plus sur le Projekt Grenadier :

  1. Il s’appellera Grenadier, du nom du pub où le projet a débuté. Un questionnaire en ligne avait été lancé pour choisir un nom et finalement ce qui était le plus logique a été retenu.
  2. Il sera assemblé au Pays de Galles dans une ville où Ford compte fermer une usine de moteurs, les composants seront fabriqués au Portugal.
  3. Il n’y a toujours pas de photos du véhicule mais on peut voir sur le site internet et sur des vidéos que les choses avancent. Ce sera un 4×4 à châssis échelle et à essieux rigides, avec un moteur d’origine BMW en version diesel ou essence.
  4. Le prix annoncé serait entre 30000 et 35000 livres (45000 max). 
  5. Des spécifications et des performances dans la lignée du Defender, avec des petits plus : ex. la possibilité d’y charger une palette standard.
  6. Il est prévu de faire différentes versions, fermées, bâchées, pickup, etc
  7. etc.

Certes, la fabrication des composants sera faite au Portugal, mais l’assemblage sera au Royaume Uni. Ce n’est pas anodin, aujourd’hui, excepté Mini (propriété de BMW) il n’y a plus de constructeur “généraliste” anglais en Angleterre. JLR se situe maintenant dans le haut de gamme, voire même le luxe. Il est possible que cela soit ressenti comme un manque. Ineos sera peut-être vu comme étant le nouveau constructeur britannique. Certes, le Grenadier n’est pas une gamme à lui tout seul et cela ne représentera pas des chiffres de production du même niveau qu’un constructeur établi. Mais le Grenadier joue un peu sur l’idée du produit britannique pour des britanniques. 

Le choix de faire un châssis à échelle est tout à fait classique et adapté au produit. En revanche, on pourrait se demander si garder un essieu avant rigide est justifié. Il y a eu et il y a des 4×4 tout terrain et/ou utilitaires à roues avant indépendantes. Et un essieu avant rigide bien que simple, solide et fiable n’est pas ce qu’il y a de mieux question comportement dynamique sur route. Pour le train arrière, le choix d’un essieu rigide est lui tout à fait logique pour un véhicule destiné à transporter de lourdes charges. C’est un peu la norme pour les nombreux pickups japonais ou américains.

Capture d’écran 2019-09-23 à 21.29.12
L’enseigne du pub.

A l’heure actuelle, rien n’a transpiré au sujet du style ou du design de la carrosserie. Il y a un châssis roulant pour faire des essais. Mais il s’agit d’un mulet, rien de plus. Il est évident que le design du Grenadier sera un défi. Land Rover ne verait probablement pas d’un bon oeil un Grenadier qui serait un copié-collé du vieux Defender. Et faire un design trop basique, taillé à la hache, c’est le meilleur moyen de faire quelque chose de moche et banal. A une époque, tout le monde a copié la Jeep Willys MB (on se rappelle de la Delahaye VLR, l’Alfa Romeo Matta ou encore la première Fiat Campagnola),  plus tard, c’est la Land Rover qui était devenue la norme (Campagnola II, Saurer F006, les dérivés de la Santana sous licence, etc.). Aujourd’hui, il y a plus de choix. Je pense que chez Ineos, on le sait parfaitement et qu’on va tout faire pour que le Grenadier ne soit pas qu’une copie ou un générique du Defender.

Le lancement est prévu désormais pour 2021, il faut encore finir l’usine et créer un réseau de vente. Mais il semble que le projet soit en bonne voie. 

35000 livres, ça fait moins de 40000 euros. Il faut avouer que c’est intéressant.

 

 

New Defender, avis mal pensant

The great Pretender.

Donc le nouveau Defender a été officiellement présenté au monde ébahi. Ceux que ça intéresse ont pu voir des tas de photos un peu partout sur internet disposées ici ou là dans des articles de journaux ou de blogs. Ceux que cela n’intéresse pas ne lisent pas ce blog.

New Defender
Le new Defender (en version 110)

Peut-être avez-vous constaté que très souvent certains des articles dans les journaux et blogs parlant d’automobiles reprennent quasi mot pour mot ce qui est dans le dossier de presse du constructeur. De mauvaises langues prétendent que c’est parce que les journalistes sont un peu flemmards ou qu’ils ont peur de vexer les constructeurs et de ne plus être invités aux essais presse et autres petits raouts organisés. 

Defender 90
La version 90, plus trapue.

Comme je suis un éternel râleur, et que ça c’est mon blog à moi et que j’y fais ce que je veux, je vais vous présenter ma propre petite analyse à deux balles du nouveau Defender. 

Defender original
L’original

D’abord le profil.

Comme on peut le constater, contrairement au Defender premier du nom les lignes de force du toit, de la ceinture de caisse, de l’avant et des piliers ne sont pas parallèles. Certes, ce n’est pas aussi violent et exagéré que sur le Range Rover Evoque (où c’est justifié du point de vue marketing : gros jouet urbain pour posh allant de temps à autres en visite à la campagne). Mais était-ce vraiment une bonne idée ? L’horizontalité et la verticalité sont ce qui donne ce look unique au Defender.

analyse
Vous arrivez à lire ? moi j’avoue que j’ai de la peine. Mais c’est vrai que je suis vieux et bigleux.

La raison pour laquelle la quasi totalité des voitures modernes ont des lignes de forces fuyantes (et des ceintures de caisse trop hautes) n’est pas vraiment due à un souci aérodynamique (1). C’est plutôt parce que la plupart des designers modernes ont l’habitude de faire les croquis (plus ou moins fignolés) de la même manière : on tire une droite qui figure le sol puis on dessine la roue avant de face et la roue arrière de plus ou moins trois quarts de face. Ensuite on laisse libre cours à son imagination. Voir ci-dessous.

sketch ex
J’ai un peu perdu la main. C’est vraiment juste un croquis

Le problème inhérent à ce procédé est que vous voyez la voiture d’une hauteur d’environ 80 cm, ce qui fausse le regard, et que c’est trop facile de faire un truc qui en jette. Il y a un risque de prendre la mauvaise habitude de toujours faire le même genre de dessin. Bon d’accord, cela va très bien pour tout un tas de genres de véhicules, mais (à mon avis) pas pour faire le successeur du Defender.

face avant
pas de doutes, c’est bien un Range… Land Rover.

Face avant.

C’est assez évident, c’est un Land Rover. C’est du brand identity : il faut à tout prix que l’on identifie le modèle comme étant de la marque. 

calandre stage one
Ça aussi, ça a de la gueule.

C’est une bonne idée, mais il ne faut pas en abuser : à la longue, on risque de ne plus savoir renouveler le style et à force de reconnaître la marque, on ne reconnait plus le modèle. L’avantage, c’est que si on maîtrise ce procédé, chaque nouveau modèle ne rend pas les précédents immédiatement visuellement obsolètes. 

Mercedes, BMW, Audi et VW ont depuis longtemps été très forts à ce petit jeu. Mais il y a un risque de lassitude et d’immobilisme. Parfois il faut oser la rupture (2).

arrière
L’arrière me fait penser à la Jaguar XJS : on disait que le type qui avait dessiné l’avant n’avait jamais rencontré celui qui avait dessiné l’arrière.

Face arrière (3).

Là, le mot d’ordre était de faire un truc qui évoque (Range Rover) le premier Defender et les Land Series. Mouais… Perso, je ne pense pas que c’était le meilleur moyen de relier le nouveau Def à l’ancien. Tout cela est un tantinet tarabiscoté. C’est pas vraiment moche, mais… Et puis, sérieux les gars, les LEDs c’est bien mais faut pas exagérer. Vous auriez pas pu faire plus simple ? 

ouïes
L’ouïe l’ouïe…

Les détails.

D’abord les ouïes d’ailes avant. Là aussi, brand identity peut-être un peu mal placée. Une des caractéristiques du Def, c’est les quatre ouïes sur les ailes avant. Bon, d’accord, tous les Def ne les ont pas et les Series non plus. Mais celles qui sont sur les derniers sont vraiment très réussies. C’est un signe distinctif unique et ça donnait un petit côté “pro” et “technique avant tout” (4). Et surtout c’était totalement cohérent avec l’ensemble du style de la voiture. Là, on a essayé de mixer le style des Range modernes avec celui des ouïes du Def. Pas totalement maîtrisé, à mon humble avis.

carré beige
Ceci n’est pas un gros plan, c’est un insert (dans la vitre).

Le détail troublant.

On l’avait aperçu bien camouflé sur les protos, on se posait des questions. Le carré beige (5)… On a pu voir des photos où on y montre soit une échelle, soit un caisson proéminent, soit autre chose. Ou l’art de transformer un défaut en qualité. Il est possible que cela devienne la marque de fabrique du nouveau Defender. Mais pourquoi ce truc bizarre ? Explications possibles, voir ci-dessous.

defender latérale
Je crains un peu qu’une caméra de recul grand angle ne soit pas un must…

On l’a assez dit, le new Def a une structure monocoque. Dans l’imagerie populaire, un châssis à longerons (ou échelle) a un côté passéiste et vieillot. Ah bon ? Et pourquoi donc ? Non, c’est uniquement un choix technologique, rien de plus. Faire une monocoque par peur de passer pour des ringards, c’est franchement pas une bonne idée. 

Structure
J’espère que c’est écrit suffisamment petit pour que  vous ne voyiez pas la faute de frappe.

Cela ne veut pas dire qu’une monocoque ne sera pas un bon tout terrain, mais un châssis à longerons aurait donné plus de latitude pour en dériver des variantes : bâchée, pickup, cellule, etc. 

Là, ce sera très dur de faire des modifications futures, même pour l’usine. Et tant qu’à faire, pourquoi pas une plateforme emboutie et une superstructure en tubes ou profilés aluminium, ça c’est déjà vu. Peut-être une question de coût de production.

Conclusion.

Non, le nouveau Defender n’est pas un ratage. Mais ce n’est pas vraiment un Defender. Certains esprits féroces l’ont déjà surnommé Discovery 7 ou même Pretender. En français, on pourrait (dans le même ordre d’idée) l’appeler le Défendeur (6)…

 

ps : je n’ai même pas parlé du style intérieur. Un de ces jours si j’ai une autre crise de râlerie, je ferai peut-être un article à ce sujet. Il y a du bon, du pas si mal mais aussi du “mouais, franchement vous êtes sûrs que c’est une bonne idée ?”. Et si je n’ai pas évoqué les alpines windows… c’est parce que là, je me serais vraiment énervé… gimmick!

 

Notes de bas de pages (oui, je suis un fan de Terry Prachett ) :

  1. Oui, au point de vue aérodynamique, avoir le maître couple (la section la plus grande) vers l’avant et l’arrière plus fin donnent un meilleur coefficient de traînée. Mais les plus gros gains aérodynamiques sur une voiture sont ailleurs : plancher lisse, écoulements internes (espace moteur, radiateur, entrée d’air, etc), dimensions des pneus, surface frontale (191 cm de large sans les rétro… le Def fait 180 cm avec les rétros !), surface mouillée (un peu moins important que pour un avion tout de même). Et puis… on ne vole pas à 300 kts en croisière au FL 250, on roule à 60 km/h en moyenne sur la route (et encore moins vite sur la piste). 
  2. Question rupture, avez-vous déjà vu une Rover P3. C’était la Rover contemporaine du premier Land Rover. Durant 68 ans, les Series et le Def ont toujours été en rupture avec le reste des Rover ou même Range Rover. C’est aussi une des raisons de son aura mythique : son style brut et fonctionnel était la racine qui justifiait le Range plus bourgeois. Un peu comme le cousin paysan chez qui on passe les vacances qui fait se sentir un peu “de la campagne”.
  3. Face arrière… voilà bien une expression débile. La face c’est devant, derrière c’est le c…   popotin.
  4. Je l’ai déjà dit, le dessin des ces ouïes et aussi le restyling des vitrages de la partie arrière du Defender sont un bijou de design bien foutu. Le type qui a fait ça… il doit être à la retraite, hélas. Je crois qu’un des soucis avec JLR, c’est qu’ils n’ont pas réussi à se libérer des années Ford. Et pire, ils ont engagé des gens venus de chez Porsche ou BMW pour le marketing et la direction du style. Ce n’est jamais très bon de mettre une tête extérieure par dessus les gens de la maison. Où sont passés les anciens de Rover ?
  5. Beige… Chez les anglo-saxons, le beige est la couleur des tailleurs BCBG des femmes bien sous tous rapports et qui ont de la thune (genre Bree Van de Kamp). C’est un synonyme d’ennuyeux.
  6. En anglais, defender signifie défenseur, celui qui défend. Genre chevalier dans sa brillante armure. En français défendeur (defendant en anglais) signifie celui qui se défend (en général d’une accusation dans un tribunal)… genre accusé dans son uniforme orange. Comme faux ami, on ne fait pas mieux.